Saturday, November 4th, 2000<br>
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8:03 pm - Français <br>
William Forsythe au Palais Garnier <br>
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Forsythe toujours en pointe<br>
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En 1983, tout fraîchement nommé directeur de l'Opéra
de Paris, Rudolf Noureev invitait un jeune chorégraphe
américain encore peu connu du public parisien, William
Forsythe, dont on n'avait pu voir que deux &#156;uvres éparses,
mais prometteuses : Love song par le Ballet de Stuttgart
et Say Bye Bye par le Nederlands Dans Theater au Théâtre
de la Ville. Pour le Ballet de l'Opéra William Forsythe
conçut France/Dance en 1983 salle Favart, révélant la
toute jeune Sylvie Guillem, puis en 1987, toujours sur
proposition de Noureev, William Forsythe créa au Palais
Garnier un chef d'&#156;uvre : In The Middle, Somewhat
Elevated, parfaite union du ballet classique et de la
danse moderne, dont l'audace et l'énergie régénéraient
totalement le vocabulaire académique. Un an plus tard,
pour son Ballet de Stuttgart, le chorégraphe américain
intégrait cette création dans un grand spectacle en
quatre tableaux, Impressing the Czar qui suscita un mémorable
chahut lors de sa présentation au Théâtre du Châtelet.
C'est pourtant In The Middle, Somewhat Elevated, qui
imposa Forsythe au rang des chorégraphes majeurs de sa génération,
l'une des idoles de la danse européennes des années 90.<br>
Après ce succès, William Forsythe avait promis à
Noureev une nouvelle création pour l'Opéra de Paris
mais ne tint pas ses engagements étant invité par la
Ville de Paris en résidence officielle au Théâtre du
Châtelet pour de nombreuses saisons avec son Ballet de
Francfort.<br>
Il fallut attendre 1999 -et son départ du Châtelet-
pour que Brigitte Lefèvre, directrice de la Danse à l'Opéra,
obtienne non seulement cette création promise, mais
toute une soirée Forsythe dont la première eut lieu le
31 mars 1999 avec un succès qui ne pouvait rester sans
lendemain. C'est ce programme que le Palais Garnier remet
heureusement à l'affiche ce mois ci, avec quelques
changements de distribution qui en ravivent l'intérêt.<br>
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La soirée s'ouvre sur In The Middle, Somewhat Elevated,
un ballet marqué à jamais par ses créateurs de 1983:
Isabelle Guérin, Sylvie Guillem, Manuel Legris, Laurent
Hilaire et Lionel Delanoë, qui dégageaient une énergie
inconnue jusque là, réalisaient des extensions à
couper le souffle et des déséquilibres à la limite des
lois de la gravité. Le musique tonitruante de Thom
Willems suscita de violentes réactions (on baissa
quelque peu la sono par la suite) mais la nouveauté de
la chorégraphie et la virtuosité des interprètes
firent sensation.<br>
Curieusement à la brillantissime interprétation des
danseurs de l'Opéra, William Forsythe préféra la chorégraphie
plus &quot;soft&quot; qu'il régla ensuite pour le Ballet
de Francfort. C'est cette version reprise en 1999 à l'Opéra
de Paris qui est actuellement à l'affiche du Palais
Garnier. Le ballet perd de sa fulgurance mais reste une
&#156;uvre capitale du répertoire contemporain, un
magnifique exercice de style et de virtuosité pour les
danseurs de l'Opéra, et une pièce fascinante. Agnès
Letestu et Delphine Moussin en sont aujourd'hui les
longues et belles interprètes, douées d'une technique
et d'une rapidité d'exécution bien dans l'esprit de l'ouvrage.
Yann Saïz, en revanche renouvelle le principal rôle
masculin par sa forte personnalité et un splendide
travail des bras et des épaules. Nolwenn Daniel et Stéphane
Phavorin, Béatrice Martel et Christophe Duquenne sont
parfaitement dans le ton de cette &quot;version de
Francfort&quot; ainsi que Nathalie Aubin et Peggy Grelat.<br>
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William Forsythe imagina Woundwork 1 en 1999 pour quatre
danseurs étoiles de l'Opéra de Paris . Une pièce expérimentale,
-recherche sur le développement d'un pas de deux en pas
de quatre-, plus qu'une &#156;uvre révolutionnaire. Un
travail plus intéressant pour le chorégraphe et les
danseurs que pour le public, frustré de voir des étoiles
comme Agnès Letestu et José Martinez, Manuel Legris et
Carole Arbo, cantonnés dans une pièce minimaliste de
quinze minutes fort peu spectaculaire.<br>
La recherche est sans doute moins grande, mais l'effet
plus payant dans The Vertiginous Thrill of Exactitude, crée
en 1996 par le Ballet de Francfort et présenté la même
année par la compagnie allemande au Théâtre du Châtelet,
comme second volet de Two Ballets in the Manners of the
late XX ème Century. Il s'agit d'un divertissement à la
manière de comme le titre l'indique, et plus précisément
de Balanchine par sa structure et son mouvement purement
musical, sur L'Allegro Vivace de la IX ème Symphonie de
Schubert. La pièce est vive, brillante et si classique
que les interprètes en oublient le caractère parodique
pour en donner une version virtuose sans arrière pensée.
Physiquement l'ensemble n'est guère homogène, mais
individuellement les cinq danseurs sont excellents :
Marie-Agnès Gillot domine dans le rôle de danseuse étoile,
titre auquel sa magnifique technique et la perfection de
sa danse la destinent prochainement sans aucun doute.
Clairemarie Osta est remarquable par sa rapidité et sa
précision, Hervé Courtain par son bel enthousiasme,
tandis que Nolwenn Daniel et Stéphane Phavorin se
distinguent par leur style et leur musicalité .<br>
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La soirée s'achève en apothéose sur Pas./parts la plus
excitante création de William Forsythe depuis In The
Middle, Somewhat Elevated . Conçue également pour les
danseurs de l'Opéra, taillée sur mesure pour chacun d'entre
eux semble-t-il, Pas./parts est l'exemple le plus parfait
du génie chorégraphique de William Forsythe, grand maître
du vocabulaire classique qu'il brise pour mieux le
renouveler. Variations qui jouent de toutes les difficultés
techniques classiques et contemporaines, Pas./parts exige
des artistes hors pair. La création de William Forsythe
est un coup de maître où le chorégraphe utilise toutes
les combinaisons possibles pour mettre en valeur ses
seize solistes. Un ballet de trente minutes en vingt séquences
éblouissantes d'invention, de modernisme et d'astuce,
sur une musique originale et pittoresque de Thom Willems.
Le chorégraphe a foncièrement deviné les possibilités
des danseurs de l'Opéra, tirant le meilleur d'eux même
et les forçant à s'exprimer dans un langage différent
mais subtilement adapté à leur personnalité. Le public
va de surprise en surprise tout au long de ces vingt séquences
insolites qui s'enchaînent et se chevauchent avec brio
et humour sur un rythme intense. Avec autorité Peggy
Grelat ouvre le feu par un solo qui donne le ton. Marie-Agnès
Gillot et Guillaume Charlot s'affrontent en un duo
virtuose, Clairemarie Osta, Nicolas Le Riche et Jean-Guillaume
Bart s'entremêlent dans un trio aussi riche qu'ingénieux.
Solos, duos ou quatuors enchantent par leur invention et
leur vocabulaire classique joyeusement cassé.
Magnifiques le solo de Delphine Baey et son duo avec
Peggy Grelat en parfaite harmonie. Souples et séduisantes
les interventions de Kader Belarbi, stupéfiantes les
ondulations sensuelles de Nicolas Le Riche, spectaculaire
le duo Abbagnato-Bélingard et fabuleux le solo de ce
dernier qui confirme ses dons exceptionnels. Magistrale l'architecture
du Septuor avec Lionel Delanoë et Wilfried Romoli, et
des ensembles qui terminent ce chef d'&#156;uvre en beauté.
Quelle magnifique mise en valeur des danseurs de l'Opéra,
et quelle merveilleuse symbiose entre le créateur et ses
créatures ! Avec Pas./parts William Forsythe a créé un
classique d'avant garde, un joyau du répertoire à
placer à côté de In The Middle, Somewhat Elevated.<br>
La suite sur www.imagidanse.com<br>
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William Forsythe au Palais Garnier<br>
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Palais Garnier, les 2, 3, 6, 8, 9 et 11 novembre à 19h30,<br>
le 5 novembre à 15h.<br>
Soirée du 4 novembre annulée en raison de grève
syndicale,<br>
le 10, salle réservée pour le Bal de l'X. <br>
(comment on this)<br>
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Saturday, October 28th, 2000